RAZ DE MARÉE, suivi de, MARÉE BASSE

Actes Sud lance en ce mois d’octobre la toute nouvelle collection « Au Singulier », consacrée aux textes à une voix qui jouent à la frontière entre le théâtre et le récit littéraire. Trois œuvres sont publiées lors de ce mois d’inauguration, dont une pièce de l’auteur belge Paul Verrept : Raz de marée, suivi de, Marée basse. Un diptyque aux allures de road-movie psychologique, où l’on suit les errances d’un couple suite à la découverte de corps de migrants sur une plage. Ces deux monologues en écho se traversent rapidement mais peinent à trouver la densité et l’impact émotionnel du sujet qu’il aborde. 


Un homme et une femme vivent dans une maison en front de mer, parmi les dunes. Dans le confort de leur amour, abrités derrière leur baie vitrée, ils aperçoivent des corps échoués sur la plage. La réalité des actualités s’échoue aux pieds de leur maison. La course migratoire se termine à l’entrée de leur monde à eux, prêt à exploser. Car tandis que l’homme écarte de sa vie la réalité de cet événement, la femme, elle, se retrouve hantée par ces images. Le fossé qui se creuse entre eux est le point de départ de leurs trajectoires personnelles. Dans Raz-de-marée, le récit de la Femme est emprunt de questionnements sur leur place dans le monde et la violence de celui-ci. Et le récit de l’Homme, dans Marée Basse, est davantage axé sur le questionnement intime de sa nature d’homme et de celle de son couple. Les deux monologues intérieurs se croisent dans leurs développements narratifs, et se font fortement écho, rappelant légèrement la forme de la pièce culte de Pascal Rambert, Clôture de l’amour. 


L’écriture de Paul Verrept est extrêmement fine et délicate, permettant de vivre tous les paysages et décors qui s’enchaînent le long du parcours des personnages. La langue est emprunte d’un bel équilibre entre pudeur et violence. Il est seulement à regretter que la pièce se déplace davantage vers le motif amoureux, laissant parfois apparaître la tragédie initiale comme un contexte plutôt qu’une véritable thématique d’écriture.

Il sera possible de découvrir la pièce à La Maison des Arts de Créteil, mise en scène par la compagnie SKaGeN, du 3 au 6 novembre.

Raz de marée, suivi de,, Marée basse, Actes Sud-Papiers, Collection « Au Singulier », 13,50 €.

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