CATARINA ET LA BEAUTÉ DE TUER LES FASCISTES

Il y a des pièces qui résonnent parfaitement avec l’actualité, qui vous saisissent et vous ouvrent une large fenêtre de réflexion sur le monde au sein duquel vous vous trouvez en train de lire. Catarina et la beauté de tuer les fascistes de Tiago Rodrigues fait partie de celles-là. Une pièce coup de poing qui, au-delà de l’intrigue, met le lecteur face à un dilemme philosophique, humain, politique. La lecture haletante de cette pièce ne prend pas de raccourci pour poser cette question simple : l’extrême violence du monde et des politiques doit-elle être combattue par la violence ?

La pièce de Tiago Rodrigues évoque la figure de Catarina Efigénia, une journaliste portugaise assassinée par les partisans de la dictature de Salazar. Ici, une famille tue des fascistes depuis plus de soixante-dix ans. Ils se réunissent chaque année dans la maison familiale pour en tuer un et l’enterrer sous un chêne-liège. La fille Catarina doit tuer son premier fasciste aujourd’hui. Elle y est préparée depuis l’enfance mais, une fois le doigt sur la détente de l’arme, elle est prise de doute. Est-ce cela la justice ? Devons-nous combattre la violence avec ces mêmes armes ? La famille va ainsi se déchirer autour de cette question. 


L’écriture de Tiago Rodrigues est dure, aiguisée, ne prenant pas de détour pour parler de la violence. L’action se passe au Portugal mais la pièce semble parler de l’Europe et de la montée presque généralisée de l’extrême droite. On y parle entre autre de féminicide, d’homophobie, de xénophobie et de la traque des minorités qui menacent, selon les dits fascistes, l’ordre de la majorité. Voici un reflet peu flatteur de notre Europe moderne avec son Histoire. 


L’auteur ne donne aucune réponse à ce dilemme, offrant ainsi une grande liberté à la réflexion du lecteur qui oscille entre les deux points de vue. Commence alors un combat tenace entre le cœur et la raison, la pulsion et la réflexion. Tiago Rodrigues nous renvoie à l’actualité avec force et beauté, ce qui fait de Catarina et la beauté de tuer les fascistes, une lecture nécessaire. 


A l’image de la pièce, citons ce passage : « Tu devrais regarder de plus près. Tu dis que le monde a changé. La violence aussi. Elle s’est camouflée. Il faut la chercher à la loupe au sein des institutions, dans notre façon de communiquer, dans l’économie. Mais elle n’est pas moins violente, ni moins fasciste, moins machiste, moins raciste, moins exploiteuse. Tu connais le visage de cette violence ? Ce visage, c’est le sien. » Chacun y verra le visage qu’il souhaitera.

Catarina et la beauté de tuer les fascistes, Tiago Rodrigues, Les Solitaires Intempestifs, 15 euros.

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