VERTE
Sorcellerie, football et Big Bisous

Février est, par essence, un mois déprimant. Cela tient probablement à l’absence de soleil (quoique les derniers jours tendent à prouver le contraire), les vacances au ski (surtout quand on y va pas) ou encore le fait que c’est un mois de 28 jours, ce qui est absurde. Ça manque de magie, voilà. Ça tombe bien, parce que (admirez la transition) le Théâtre Paris-Villette en a plein (de magie) à revendre en ce moment : « Verte » se joue jusqu’au 3 mars, c’est tout public, et c’est enchanteur.

« Verte », c’est à la base un roman de Marie Desplechin publié en 1996 devenu rapidement un classique de la littérature jeunesse. L’adapter aujourd’hui sur scène, ça vaut le coup ? Après Harry Potter, la sorcellerie ne serait-elle pas un peu redondante ? Au contraire. Par son regard sur le passage de l’enfance à l’âge adulte, la transmission de l’héritage, la construction de soi, ce texte reste sacrément actuel, et fait toujours autant de bien. Et puis on ne boudera pas son plaisir à voir des rôles féminins forts, de véritables sorcières dans tous les sens du terme. Mais plus encore, « Verte » se prête sacrément bien à la scène.

La scénographie est exemplaire de justesse. Un espace appartement, avec la cuisine d’Ursule (la mère, qui passe son temps à tenter d’empoisonner les chiens), et la chambre de Verte : un meublé ordinaire, sans grande trace de magie là-dedans – la casserole se remue toute seule et les placards ont tendance à s’ouvrir tout seul, d’accord – mais sinon rien de mystique. Et nous avons ensuite la cave de la grand-mère Anastabotte, avec tout ce qu’il faut d’ingrédients dégoutants et de fumée mystérieuse. On entre du coup dans un monde à la fois très quotidien et très évocateur – parfaite métaphore du quotidien de Verte.

Les quatre acteurs nous emportent sans effort. Une exubérance commune dans le jeu provoque des avalanches de rires chez les enfants – et ça rit beaucoup, on vous l’assure. Verte et Soufi (son petit amoureux breton-algérien) font une paire parfaite, Ursule en mère paumée adepte des robes de chambre incarne à merveille la difficulté de voir son enfant grandir sans pouvoir trop maîtriser le processus, et la grand-mère Anastabotte est la mamie parfaite (si on oublie sa tendance à garder des trucs pas nets dans sa cave). Un vrai sans-faute chez ces comédiens, qui jouent leurs partitions à merveille. La musique, enfin, accompagne tout ce beau monde sans fausse note. Tour à tour énergique, mystérieuse, fantomatique (avec une incursion de Carlos dans tout ça), elle porte le spectacle et parachève cette grande fête à laquelle on est convié.

On le disait donc, février peut être un mois déprimant. Mais si vous suivez nos conseils, vous irez, tout seul ou en famille (sincèrement) voir cette petite perle sur scène, et le mois deviendra tout de suite un peu plus magique.

About the author