TOUTE NUE
Le renouveau du vaudeville

Parvenir à ramener les enjeux d’une pièce de Feydeau dans notre époque n’est pas toujours un pari facile à tenir. Pour ce faire, Emilie Anna Maillet croise le texte de Mais n’te promène donc pas toute nue avec ceux de différentes pièces de Lars Norén, le dramaturge suédois abordant en effet des thèmes proches, notamment les difficultés dans le couple, sur un ton radicalement différent. La metteuse en scène tente par ce biais d’aborder la cause féministe, particulièrement par la place de la femme dans les hautes sphères du pouvoir.

Cela fonctionne-t-il réellement ? Plus ou moins, au final. Il est vrai que le député Ventroux, pressenti pour devenir ministre, et en constante promotion médiatique, se retrouve violemment déstabilisé par le comportement de son épouse Clarisse. Celle-ci, privée de quelque espace intime que ce soit par l’activité politique de son mari, prend la décision, à contrepied de son énergie à lui, de se promener entièrement nue chez elle malgré la présence de journalistes ou d’autres personnalités politiques. Si ce procédé est très justement mis en scène, il questionne plus la place de cette “épouse“ que celle de la femme de façon globale. On pourrait aujourd’hui parfaitement imaginer le spectacle s’intituler Tout nu, et que les rôles soient inversés, ou encore qu’il s’agisse d’un couple homosexuel, féminin ou masculin. La gêne du député Ventroux et le comique de la situation priment très grandement sur le sentiment d’indignation que devrait provoquer la place de Clarisse. Les difficultés au sein du couple, évoquées par les textes de Norén, ne s’entendent qu’assez peu, à l’aune des bruyants ressorts vaudevillesques que la pièce utilise à foison, et de manière, il faut l’avouer, extrêmement fine.

© Maxime Lethelier

Car ce que l’on se doit d’accorder à Toute nue, c’est la précision de sa mise en scène. Tout marche. Les comédiens font preuve d’une technique admirable, et les procédés comiques mis en œuvre sont très efficaces. La répétition est utilisée à bon escient, et, à l’opposé de nous lasser, entraîne l’audience dans le mécanisme de la dramaturgie sans effort. La rythmique est enlevée et ne retombe quasiment jamais, appuyée par une batterie au milieu du plateau qui s’accorde parfaitement avec les acteurs. De plus, la situation prend place au milieu d’une scénographie qui à elle seule nous replace dans notre époque et compense totalement quelques vieillissements du texte de Feydeau. Par ailleurs l’utilisation de nouvelles technologies permet au ton burlesque du dramaturge de s’exprimer avec une intensité nouvelle dans ce paradigme plus moderne.

Finalement, même si le message féministe n’est pas toujours évident à percevoir, Emilie Anna Maillet réussit brillamment à réinventer le vaudeville et à proposer un spectacle réellement entraînant, rythmé et drôle. Ne pas hésiter à aller s’y éclater !

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