SUPERVISION

Luxe et violence

Un an seulement après l’édition augmentée de POLICES !, Sonia Chiambretto publie un nouveau texte qui nous ouvre les portes dorées et sanglantes de l’hôtellerie de luxe. Supervision prend la forme d’une pièce presque radiophonique, entre fiction et enquête sociologique. Publiée dans la collection « Des écrits pour la parole », Sonia Chiambretto dévoile un langage poétique qui s’empare de la violence du monde de l’hôtellerie. La pièce s’ouvre sur la bonne parole d’Emmanuel Macron : « Hôtels, cafés, restaurants, je traverse la rue, je vous en trouve (du travail), ils veulent simplement des gens qui sont prêts à travailler ». Supervision nous ouvre les yeux sur le prix à payer quand l’on peut être forcé de traverser la rue. 


La pièce nous embarque dans les couloirs d’un hôtel six étoiles, d’étage en étage, d’un service à l’autre, de bruits de couloir en bruits de couloir, comme dans un immense plan séquence. Un sentiment entièrement du à une écriture fluide et concrète, qui maîtrise parfaitement les transitions entre les envolés politico-poétiques et l’apparente authenticité des témoignages. S’entremêlent alors les paroles sacro-saintes du Groupe, de ses apôtres dirigeants et des moutons plus ou moins forcés à suivre les préceptes du cette religion professionnelle. Mais derrière l’image luxueuse de l’établissement se cache une organisation militaire où hiérarchie et violence vont de pair. Les coulisses du Groupe cachent aux yeux des client.es un nid de propos sexistes, racistes et autres violences sociales. Sans oublier les violences physiques infligées aux employés situés en bas de cette somptueuse hiérarchie du luxe, à force de travailler avec des produits toxiques discount, le dos constamment courbé.

Sonia Chiambretto retranscrit avec une immense justesse les voix de ces personnes qui sont prêtes à travailler, à traverser cette rue, à courber le dos pour le bien du Groupe. La lecture de Supervision ne vous laissera pas tout à fait indemne.

Supervision, Sonia Chiambretto, L’Arche, coll. “Des écrits pour la parole”, 13 euros.

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