SALADE TOMATE OIGNONS
Nuggets et solitudes

Salade tomate oignons, ou la sainte Trinité moderne. Pour les gens apatrides, qui ne se reconnaissent pas dans le liberté-égalité-fraternité – un peu dans le black-blanc-beur, quand c’était pas encore has-been – les enfants perdus de la république, fils et filles d’immigrés, avec des racines un peu floues, pour eux donc, Jean-Christophe Folly s’interroge et nous balance sa formule à lui : Salade Tomate Oignons, ces kebabs où l’on croise tout le monde, sans exception, et où la formule met tout le monde d’accord.

Mais avant d’être un seul en scène virtuose sauce harissa, Salade Tomate Oignons parle de solitudes. Solitude de celui qui a tellement besoin d’un contact fraternel qu’il parle à sa casserole et dit comprendre les pigeons – solitude de celle qui se l’impose presque, cherchant dans sa moresque à fuir un peu tout le reste – et leur rencontre. Coup de foudre, hallucination, on ne sait pas. Ce qu’on sait, c’est que ce narrateur, parti deux minutes pour s’acheter une boîte de nuggets – avant de revenir sortir l’eau du feu pour sa verveine – trouve par hasard cette femme du regard. Point de départ.

  • © Virginie Meigné

C’est donc une performance folle de Jean-Christophe Folly (sorti du Conservatoire national supérieur d’art dramatique et ayant travaillé par exemple avec Robert Wilson ou Alain Resnais, voilà voilà) : d’abord narrateur, il se transforme, adopte le point de vue de cette femme, voire des deux personnages en même temps – comme si ce personnage engloutissait, mort de soif, toutes les gourdes de sensations et d’expérience qu’il trouvait à portée de main. Vocalement, corporellement, techniquement impressionnant : la scène quasiment nue à l’exception d’une valise et de quelques néons en ligne au fond du plateau suffit pour prendre son pied.

On ne pourrait pas finir de parler du spectacle sans aborder son texte (et quel texte, mon dieu). Les amoureux de La Nuit juste avant les forêts de Koltès peuvent se ruer les yeux fermés : longue traversée de la psyché de ses personnages, logorrhée poético-banalo-brutale de solitude à combler, bref, et un texte qui s’écoute comme on boirait un millésime.

On se demandait un peu sur quoi on allait tomber, et on est reparti du spectacle repu, réchauffé, avec un nouveau slogan génial en tête : Salade tomate oignons. Avec un supplément « filez le voir avant que ça soit fini » s’il vous plaît.

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Comments

    1. Bonjour,
      Merci pour la correction !
      Le rédacteur responsable de cet affront a été mis au coin avec un bonnet d’âne.

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