POINTS DE NON-RETOUR [QUAIS DE SEINE]
La mise en scène à fleur de peau d’Alexandra Badea

Alexandra Badea présente le deuxième volet de sa Trilogie Points de non-retour, au Théâtre de la Colline, dans une mise en scène à fleur de peau. Dans cette plongée dans les recoins sombres et tus de l’Histoire Française, au cœur de la mémoire du massacre des manifestants algériens de Paris le 17 octobre 1961, la pièce se laisse déborder par ses émotions et sa nécessité de parler. La sincérité et l’humilité d’Alexandra Badea nous permet pourtant d’entrer facilement dans les arcanes de l’Histoire et de la Mémoire.

L’autrice entre en scène et entame la rédaction d’un mail. Une lettre, ouverte à la scène, pour cette amie qui lui a fait part de son histoire qu’elle n’arrive plus à oublier. Elle nous fait part de de cette phrase prononcée lors de sa naturalisation française, phrase socle de sa trilogie. « À partir de ce moment vous devez assumer l’histoire de ce pays avec ses moments de grandeur et ses zones d’ombre. » Alexandra Badea assimile ce devoir de Mémoire et d’appropriation de l’Histoire par le biais de son personnage. Nora. Il est temps de rentrer dans une fiction emprunte du réel.

Nora est réalisatrice de documentaire. Elle suit une thérapie à la suite de sa tentative de suicide afin de répondre à des sensations qu’elle ne comprend pas. Pourquoi est-elle habitée d’une colère omniprésente dans sa vie ? Pourquoi est-elle incapable de traverser le pont Saint-Michel ? Ses échanges avec son thérapeute sont entre-coupés avec des flash-backs de Younes et Irène, un jeune couple qui a fuit l’Algérie des années 60 pour la France, des amants séparées par l’Histoire. Younes est Algérien, Irène est fille de « pied-noir ». Nora va remonter l’histoire de ce couple qui se déchire entre leur passion et leurs origines. Peux-tu m’aimer en sachant d’où je viens ? Les discordes de l’Histoire ne seront-elles pas toujours entre nous ?

© Christophe Raynaud de Lage

La mise en scène de Points de non-retour [Quai de Seine est classique et focalise avant tout l’attention sur le texte. L’ensemble des quatre comédien.nes est entièrement investi dans le partage de cette histoire. Ce postulat grave, bien que sincère, pollue trop souvent un jeu qui tend facilement vers le mélo. Chacun.e se laisse embarquer et en oublie de jouer avec son.sa partenaire. L’adresse se perd, devient confuse et la relation se trouve abîmée par ce bulldozer émotif. Madalina Constantin arrive malgré tout à naviguer sur ce fil délicat sans trop se laisser déstabiliser par ces vents sentimentaux.

Points de non-retour [Quai de Seine] reste une pièce à découvrir. Non pas sur sa forme trop exacerbée mais pour son humanité de ton, pour ces vies, ces oubliés de l’Histoire qu’Alexandra Badea ressuscite sur la scène. Et force est de constater que l’on se laisse cueillir par sa sincérité.

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