NI COURONNE NI PLAQUE
La vie auprès des morts

C’est vrai que ce n’est pas un sujet si évident. En général, on sait à peu près que quand quelqu’un meurt, on le revoit rapidement dans son cercueil avant d’être enterré ou incinéré. Et la plupart du temps, si l’on voit cette personne dans cette situation, notre esprit n’est pas vraiment disponible pour se poser la question de comment celle-ci est arrivée dans sa boîte et dans cet état. Et c’est cette question qui a travaillé Janice Szczypawka, jusqu’à l’amener à aller rencontrer ces gens qui vivent au travers de la mort d’autrui.

Et comment aborder ce sujet sans une certaine dose d’humour ? Le spectacle présente un enchaînement de saynètes, issues de la vie quotidienne d’une petite entreprise de pompes funèbres. Par chance, les employés de celle-ci présentent déjà une grande distance émotionnelle avec leur profession, ce qui permet à la metteuse en scène de créer des personnages hauts en couleurs, radicalement opposés à la mélancolie et l’intensité généralement associée au décès. De ce fait, on se prend vite à rire franchement des attitudes exagérées des trois Cathys qui racontent l’aspect administratif et financier des obsèques, et que bon d’accord, c’est pas drôle drôle tous les jours, mais que faut pas non plus en faire un fromage, et que d’ailleurs, tu te souviens, c’était drôle quand l’autre est mort et que patati et patata… Ou encore des thanatopracteurs qui décrivent de façon très objective leur métier, censé « rester secret », et qui entraînent l’audience dans un réel décalage avec leurs sentiments habituels face à cette situation.

© Jules Audry

Par ailleurs, la pièce ne se prive pas de moments d’émotion, notamment avec le parcours de réflexion intime de la visiteuse par rapport à la mort, ou celui réellement attendrissant de Monsieur Jacot qui veut faire attention à bien préparer sa mort. Ces deux tons, humoristique et sentimental, se mêlent au sein du spectacle, et prennent place dans un joli patchwork d’idées plastiques, significatives sans être une seconde naturalistes.

Si on pourrait reprocher à l’ensemble un certain manque de “liant“ dramaturgique, et de ne pas toujours aller tout à fait au bout des idées qu’il met en place, Ni couronne ni plaque constitue finalement un tout cohérent, qui nous invite à découvrir un univers d’ordinaire caché, dans un moment de théâtre franchement agréable. À guetter quand il repassera sur les planches.

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