LES VAGUES
Crue sentimentale

On est tous d’accord, l’adaptation d’une oeuvre sur un nouveau support est fondamentalement un exercice compliqué (on en parle de la dernière saison de Games of Thrones ?).
C’est du coup aussi vrai pour le théâtre : on était donc un peu frileux en allant voir Les Vagues, adaptation d’un roman (voire poème) de Virginia Woolf. Heureusement, l’atmosphère s’est vite réchauffée.

Les Vagues, c’est un groupe d’amis. Ils sont six, ils étaient sept, Perceval vient de mourir, et sa mort laisse des sacrées marques. Série de monologues introspectifs, Les Vagues parle de deuil, de lien, d’humains qui se raccrochent à ce qu’ils peuvent pour ne pas sombrer.
Pour ne pas se faire emporter.

Et donc, sur scène ?
Si quelques défauts peuvent émerger, cette adaptation tient néanmoins ses promesses. Sans trahir la matière première, Les Vagues (la pièce, donc) arrive merveilleusement à insuffler de la théâtralité dans ses mots.

Le plateau est simple : quelques chaises, une table recouverte d’un drap gigantesque. On vient d’enterrer Perceval, l’humeur est morose et déjà on sent les prémices de cette noyade collective.
Chacun combat son mal-être comme il le peut, à sa manière – se raccrochant aux branches pour ne pas sombrer, en tentant de faire exister encore un peu Perceval, retrouver la couleur de ses cheveux, ou en essayant désespérément de trouver du sens à son bullshit job.
On alterne entre les monologues – petites tranches de semi-vie que chaque personnage traverse après le drame – et scènes collectives du passé ou du présent – où comment assister à la naissance et la mort d’un groupe qu’ils croyaient pourtant invincibles.

On ressort des Vagues pris aux tripes, et pourtant avec une douceur très agréable en tête. Largement de quoi justifier une dernière baignade avant la rentrée.

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