LES MILLE ET UNE NUITS Une adaptation en panne de couleurs

Guillaume Vincent présente, au théâtre de l’Odéon, une adaptation des célèbres contes des Milles et une Nuits. Après sa mise en scène éclatante des Songes et Métamorphoses, le metteur en scène livre un rêve de l’Orient qui a perdu de ses couleurs. Ces douze contes semblent quelque peu ternes. Leurs rythmes envoutants s’enlisent. L’érotisme laisse place aux vulgarités de comptoir. Le fantasme littéraire à un photomontage de carte postale.

L’ouverture du spectacle annonce pourtant monts et merveilles. Violence, tension, poésie, effroi, fascination. S’ouvre ainsi un véritable condensé de ce que l’on attendait du metteur en scène. Un superbe démarrage qui aura bien de la peine, comme les jeunes mariées qui sont présentées au roi, à survivre. Des femmes en robes blanches s’alternent dans une salle d’attente, passant fatalement la porte qui les mène à une mort assurée, vers la chambre de ce roi qui va les égorger. Guillaume Vincent sait user des outils du théâtre pour faire monter l’effroi, jouer avec les codes du film d’horreur. Le talent d’Emilie Incerti Formentini scelle la perfection de cette introduction avec une narration irréprochable.

L’ensemble des douze contes ne trouve pas d’identité scénique assez solide pour être mémorable. La diversité de langage et de nature littéraire des Milles et une Nuits est un véritable trésor de mise en scène dans lequel Guillaume Vincent semble s’être perdu. Ce patchwork théâtral aborde ces différentes formes de façon superficielles, sans véritables personnalités. Le spectacle s’appuie sur des procédés maladroits à l’image de passages chorégraphiques où l’on entend, malheureusement, plus le son des pas que de la musique. L’interprétation de la plupart des comédien.nes s’enlise dans des rythmes peu convaincants, se baladant entre un jeu anesthésiant ou complètement hystérique.

© Simon Gelin


Guillaume Vincent déplace les contes entre Occident et Orient, entre contrées fantastiques et décors réalistes. Ce spectacle se transforme en long périple labyrinthique, de mises en abîme en mise en abîme, d’histoires en histoires, que l’on écoute sans s’investir. Le voyage s’épuise et l’on finit par attendre l’atterrissage

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