LES DÉESSES DE LA FESSE 
Punkabaret

Sans s’attendre réellement à une pièce de théâtre au sens classique du terme, il ne faut pas non plus aller voir Les déesses de la fesse comme un cabaret ordinaire. Car même si elles en reprennent les codes, débordant de costumes farfelus, de sensualité et même d’une certaine volupté, le spectacle éclate le carcan des femmes présentes pour le plaisir des yeux uniquement, et rafraichissent la salle d’idées aussi nouvelles que décalées. 

Dans un décor chargé de couleurs et de paillettes, les numéros des comédiennes s’enchainent, seules ou à plusieurs, mêlant chant, danse, et surtout humour et plaisir. Il est facile de sentir à quel point les « déesses » s’éclatent à revisiter l’Histoire, à la détourner, voire la malmener, tout en assumant bruyamment leur condition de femme, et leur droit à faire absolument ce qu’elles veulent. Et ça fait franchement du bien. On assiste à une violente désacralisation de figures virginales et/ou historiques, telles que Jeanne d’Arc, Eve, ou Marie-Antoinette, qui laisse libre cours aux délires, moins guindés que ceux que l’on leur prêteraient d’ordinaire, de ces personnages. Et cette idée de libération passe sans dramatisation excessive, mais au contraire dans un humour et une ironie rares, qui amènent le spectateur s’amuser avec elles, au sens propre comme au figuré (les déesses ne se privent pas de jouer avec leur public). 

© Thomas Smith

Le spectacle étant en constante évolution, on sent sur scène une absence de cadre rigide, et donc une énergie extrêmement connectée avec le présent des comédiennes. De plus, celles-ci démontrent une réelle technique vocale, une grande aise avec leurs corps, et une présence indéniable. Très bien mis en musique tout au long du show, leurs numéros entrainent très facilement. 

Finalement, Les déesses de la fesse cassent les codes du cabaret en les adaptant à leurs envies. Elles parviennent à ramener une certaine idéologie punk dans ce genre d’ordinaire si réglé. Si je te montre mon cul, c’est parce que ça me fait rire, pas pour te faire plaisir. 

Le spectacle laisse un goût de liberté, et surtout de mépris pour toute règle absurde de bienséance ou de bonne conduite, notamment celles s’appliquant aux femmes dans notre quotidien. On a presque envie de les rejoindre dans leur monde délirant, avant de se rendre compte que le délirant réside plutôt dans l’état orthonormé du nôtre. Une belle heure qui fait se dire : et si on n’en avait plus rien à foutre ?

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