LES COUTEAUX DANS LE DOS
Le norvégien, ça sonne bien

Disons-le tout net : ça fait un bien fou. Désolé pour le spoiler, « Les couteaux dans le dos » met la patate, donne un sourire monstre, et réconciliera pas mal de fâchés avec le théâtre grandiloquo-conceptuel qu’on voit régulièrement.

On ne présente plus Pierre Notte, auteur associé au Théâtre du Rond-Point (et Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres, etc, etc, excusez du peu). « Les couteaux dans le dos » une de ses premières pièces, a été créée aux Déchargeurs en 2009, et revient dans l’endroit qui l’a vu naître il y a dix ans. Et on le remercie énormément de nous permettre de (re)découvrir cette pièce.

C’est l’histoire de Marie, petite gamine de lycée, qui en a marre de tout, qui se coupe la main, qui part, laissant ses parents névrosés derrière elle. Elle rencontrera (dans le désordre) un gardien de phare, des péages, un train des regrets, des trollettes, la mort. Une quarantaine de personnages, grosso modo, rien que ça.

Cinq comédiennes sur le plateau, six chaises, quelques accessoires (lunettes de piscine, petits biscuits Hema, entre autres) : et ça suffit pour s’embarquer vers la Norvège, dans ce road-trip monstrueusement réjouissant. Tout repose sur ces actrices, blindées de qualités, qui enchaînent les scènes sans temps mort, changent de personnage et de style de jeu sans fausse note. Et c’est décoiffant, simple, jouissif. On ne prendra pas le temps d’énumérer leurs qualités (sinon l’article serait vraiment trop long), mais sachez qu’on pense énormément de bien d’elles, et le mot est faible.

Le texte pourrait interloquer, surtout les premières minutes de spectacle : on nous plonge directement dans le bain avec la logorrhée exacerbée de cette mère de famille qui gueule sur le père, ce père qui s’en dédouane comme il peut, qui aimerait bien qu’on ne l’accuse pas de crier alors qu’il n’a pas crié, et la petite gamine silencieuse au milieu de tout ça. Une logorrhée commune à tous les personnages d’ailleurs, bourrées de répétitions, d’aller-retour, un texte pour des personnages qui tentent de comprendre de quoi ils parlent. Et passé les cinq premières minutes, on plonge avec bonheur dans ce texte halluciné, qui mérite une écoute attentive (voire une lecture passionnée). En tout cas, on est conquis. Des couteaux comme ça, on en veut dans le dos chaque soir.

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