LA GUERRE DES NATURES (Lenga et Selve)


Christophe Rulhes et le GdRA publient un ouvrage tiré de leurs créations, Lenga et Selve, créées respectivement en 2016 et 2019. Ces deux pièces nous permettent d’aller à la rencontre de communautés dont les langues disparaissent, des zones où le colonialisme et la mondialisation meurtrissent des cultures en voie d’extinction. La Guerre des Natures est un ouvrage à lire et à écouter. L’ensemble est attrayant avec ses superbes photographies et ses deux CD qui permettent une véritable immersion des les paysages naturels et vocaux. Attrayant certes mais le livre nous tombe des mains à force d’un discours anthropologique à la langue pompeuse et légèrement moralisatrice.

Christophe Rullhes nous raconte ses souvenirs avec son grand-père, paysan aveyronnais qui porte avec lui les souvenirs d’une culture et d’une langue occitane. Oui, nombre de régions françaises ont vu leurs enfants se faire punir à l’école lorsqu’ils.elles parlaient la langue de leur terre, de leurs parents et grand-parents. De cette histoire personnelle, Christophe Rulhes va étendre un parallèle avec toutes ces cultures et langues qui s’éteignent peu à peu à travers le monde. Une langue tous les quinze jours. 


Ainsi, La Guerre des Mondes va nous faire voyager vers l’Amazonie wayana, les townships xhosa du Cap ou encore les rues merina d’Antananarivo. S’offrent à la lecture des moments de vie capturés par l’écriture théâtrale, des portraits à lire et écouter en simultané. Entre nos quatre murs, assis sur le canapé, à même le lit et qu’importe le lieu où vous pourrez l’écouter… commence un voyage privilégié et assez émouvant. 


Mais reste une question tout au long de l’écoute, un étrange sentiment qui bloque la pleine immersion dans cette proposition artistique: peut-ton véritablement mettre sur un même pied d’égalité la disparition de la culture occitane et la disparition des cultures d’Amazonie ou d’Afrique du Sud ? Même avec les meilleures intentions du monde, la proposition de Christophe Rulhes ne reproduit-elle pas le colonialisme qu’elle condamne ?

Il écrit lui-même, dans son avant-propos, cette critique déjà existante lors de la représentation de ces deux pièces : « Un programmateur, lorsque j’invite des artistes venus d’Afrique et de l’océan Indien pour Lenga, trouve que le point de vue des Blancs reste fort dans la pièce. Je crois que le théâtre collectif du GdRA suit un autre temps que le leur, il cherche un « multivers » fragmenté, des cercles et des spirales, où les personnes vivent plusieurs versions, se disséminent puis se forgent en concrétions le temps d’un geste ou d’une parole. » Il faudra avouer que même dissimulé sous des couches de mots et tournures alambiquées, ce malaise est toujours là. Enfoui mais bien palpable.

La Guerre des natures (Lenga et Selve), Christophe Rulhes et le GdRA, Les solitaires intempestifs, 19 euros.

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