JE M’APPELLE PAS
Quel petit bout de Chaperon rouge !

On ne compte plus les réécritures et autres adaptations du Petit Chaperon Rouge, avec ses lots de merveilles et de catastrophes à enterrer aussi profondément que possible. De cet exercice périlleux, en proie direct à notre fleuret littéraire, Édouard Signolet s’en tire avec les honneurs. Je m’appelle pas est une adaptation parfaitement maîtrisée offrant une approche originale et émouvante de ce petit bout de personnage.

Au commencement, le Petit Chaperon rouge s’appelle « Pas ». En effet, pas de prénom pour une petite fille née dans un foyer malheureux. Marquée par le départ du père, la mère de la jeune fille se terre dans le silence et imprègne le foyer et l’enfance de son enfant dans la morosité et l’abandon. De cette situation austère va naître une série de personnages et d’épisodes inédits, apportant une profondeur et un nouvel intérêt pour ce conte bien trop connu. Édouard Signolet offre une véritable personnalité et intériorité à ce personnage en quête d’identité et d’ancrage social. « Pas » ou notre plus connu « Petit Chaperon rouge » dégringole avec bonheur du mythe à la réalité. 


Avec ses multiples narrateurs.trices, l’auteur installe tout au long de cette pièce une atmosphère proche des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire. La cruauté du conte est directement liée à la cruauté de notre monde, avec une touche d’humour et de cynisme qui apporte toute une dimension colorée et loufoque. Mention spéciale à cette fée alcoolique et intoxiquée à la nicotine, presque commise d’office à l’enfant, qui se révèle tout à fait savoureuse.

Je m’appelle pas est une pièce jeunesse moderne qui, malgré son univers de conte et légende, reste proche des préoccupations de son époque. Une belle pièce pour se retrouver entre enfant et adulte.

Je m’appelle pas, Édouard Signolet, L’Arche Jeunesse, 11 euros.

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