ELECTRE / ORESTE
Quand l’antique n’atteint pas réellement le présent

Ivo van Hove adhère, avec ce spectacle, au cercle restreint des metteurs en scène qui décident de raconter réellement l’histoire des Atrides, (ici selon Euripide), et non de s’en servir comme rampe de lancement pour un concentré de symboliques obscures, ou de références pour initiés. Contrairement à beaucoup de créations qui ont cette trame pour base, ce spectacle ne revêt aucun élitisme. La scénographie en est simple et belle, ainsi que figée, sans artifices superflus, et le texte parvient aisément à l’audience, conférant à la dernière création du metteur en scène belge une accessibilité sans faille. Les costumes précis dans leurs significations et la musique jouée sur scène lui confèrent une puissance évocatrice indéniable. Le choix de représenter cette pièce à la manière du théâtre antique, ou du moins en en étant assez proche au travers du jeu des comédiens et de l’utilisation du chœur, ne laisse aucun doute quant aux émotions que traversent les personnages, et encore moins quant aux évènements qui se déroulent hors plateau.

Probablement de par ces choix-là, la représentation se pare fortement d’un aspect factuel. L’histoire est claire, les sentiments des personnages également, mais l’émotion réelle peine à atteindre son audience. Même si leur parcours est clair, la psychologie des personnages est supplantée par la course effrénée des évènements et du texte sur la scène. Très peu de silence, aucune réelle pause ne laisse au spectateur la chance de s’identifier ou même de s’attacher aux figures qui évoluent devant lui. Le désir de vengeance qui anime les deux protagonistes est expliqué, et non ressenti. La complexité des émotions de Clytemnestre est complètement mise au rencard, et n’est que vaguement abordée dans un court monologue, qui a plus pour but de donner une raison à son acte que de développer le personnage en lui-même. Seules les fureurs d’Oreste sont un peu plus exploitées, la partie Électre ne laissant que peu de place au personnage éponyme entre l’exposition de la situation et les nombreux évènements qui en découlent. La fille d’Agamemnon constitue donc un personnage monolithique, qui ne change d’énergie ou de discours à aucun moment de la pièce.

Par ailleurs, cette clarté du texte et son ininterruption fait en entendre ou remarquer au spectateur différents aspects qu’il aurait peut-être été favorable de mettre de côté. Notamment une certaine misogynie, inhérente à l’époque d’écriture certes, mais bien présente, ou la facilité du Deus ex Machina final d’Apollon, qui retire tout pouvoir de décision ou conséquences des actes des personnages, ce qui n’aide en rien à s’en rapprocher.

Finalement, Électre / Oreste raconte l’histoire particulière de ces deux matricides de façon assez distanciée, assez lointaine du spectateur. Car si Les Damnés, spectacle dont celui-ci serait une sorte de suite dans la symbolique, démontre assez fortement la puissance d’une idéologie et les dégâts qu’elle peut faire au travers de drames personnels, cette nouvelle création s’en trouve assez éloignée, et se confine davantage, dans le ressenti, à une histoire singulière plutôt que de verser dans une allégorie. Malgré ces écueils, il s’agit là d’une très belle représentation de l’histoire des Atrides, qui laisse pour une fois plus de place à l’histoire qu’à ce qu’on voudrait lui faire dire.

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