CONTE IMMORAUX – PARTIE 1 : MAISON MÈRE
Une Europe qui fait boom.

En manipulant la matière, ce sont nos émotions que Phia Ménard malaxe avec une certaine douceur acide. La première partie de ce triptyque, Maison Mère, est véritablement saisissante. Le projet de construire un Parthénon en carton pendant plus d’une heure et le regarder se détruire, ne présageait pas la claque artistique à venir. Maison Mère parle d’une Europe passée, d’une Europe à venir, des violences d’une civilisation, ou serait-ce de la mort de celle-ci ? Sans aucune parole, Phia Ménard s’exprime avec sa sueur, les sons de scotch et du cartons en manipulation. Voici un véritable exploit plastique et théâtral.

En fond de scène des Bouffes du Nord se tient une femme accroupie, scrutant l’ampleur de la tâche à venir. Transformer ce sol de cartons prédécoupés en véritable Parthénon, ce symbole de la démocratie apparaissant comme cette Maison Mère de la civilisation européenne. Qui est-elle ? Nous ne le savons pas véritablement. Une super-héroïne un peu punk et clairement fatiguée ? Une figure mythologique ? Une condamnée de justice ? Une esclave de sa civilisation ? Sans relâche, elle découpe, scotche, assemble, porte, pousse, supporte et met sur pied cette construction imposante. Une fois à l’intérieur, elle désosse les murs à l’aide d’une tronçonneuse pour dessiner les multiples colonnes. Et la Maison Mère se transforme subitement en prison.


L’installation plastique de Phia Ménard et Jean-Muc Beaujault prend un tout autre sens. Ce revirement de situation s’impose avec une véritable subtilité qui ne minimise pourtant pas la violence de la réception. Les images idéalisées d’une Europe Antique se transforment en images d’une Europe contemporaine qui traite les flux migratoires de ses enfants avec sévérité et cruauté. Une Europe de guerre et de conflits qui sacrifie ses enfants sur l’autel de la liberté. Phia Ménard s’est librement inspirée du plan « Marshall » de la seconde guerre mondiale, bombardant des villes entières pour les reconstruire plus ou moins consciencieusement.


© Jean-Luc Beaujault

Maison Mère offre une liberté de lecture, une richesse d’interprétation, qui fait tout l’importance de cette création. Une fois la construction de carton achevée, une pluie torrentielle s’abat sur le plateau des Bouffes du Nord et nous assistons à sa destruction inévitable. La violence de l’image de ce toit qui se brise sous le poids de la nature, de cette Europe qui s’effondre sur elle même, d’un monde qui ne supporte plus le poids de notre civilisation … Cette image provoque un éboulement intérieur que chacun.e prendra le temps de digérer.

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