CITTÀ NUOVA
Dépression pertinente

Dans cette pièce-conférence, Raphaël Patout présente un point de vue assez original et indéniablement pertinent sur l’organisation de notre société. Son personnage envisage de créer une nouvelle idée de l’urbanisme, tentant de démontrer que l’architecture, notamment des grandes villes, est au centre de notre façon de vivre. En s’appuyant sur les discours de différents philosophes, sociologues, anthropologues et architectes, cet exposé développe des points d’une grande justesse.

En effet, il commence par mettre en lumière le constat que la notion de plaisir est relativement éloignée de la construction de notre quotidien, et que cela entraîne jusqu’à l’organisation physique de nos lieux de vie. Faisant le lien avec le capitalisme et le libéralisme inhérents à la société consumériste dans laquelle nous évoluons, le comédien démontre l’aliénation grandissante des êtres humains, soumise à la recherche de productivité, de valeur marchande, et plus jamais au plaisir pur. Au fur et à mesure de l’avancée du spectacle, Damien Houssier nous expose de quelle façon nous nous sommes fourvoyés dans notre évolution en tant qu’espèce, et comment nous nous retrouvons bloqués dans nos propres contradictions. Son grand projet architectural, la Città Nuova, aurait pour but de permettre à nouveau l’épanouissement dans la vie en communauté.

© Jim Ouzi

Sauf qu’au final, la Città Nuova, on n’en sait pas grand-chose. Si ce n’est qu’à priori, ce serait beaucoup mieux que l’environnement dépressif dans lequel on se trouve. Alors on comprend bien la volonté du spectacle, de prendre l’auditeur à contrepied avec un trait humoristique, et qu’il n’y ait finalement pas de solutions à proposer. Mais de fait, on assiste à plus d’une heure de constat assez déprimant, bien que pertinent, sur l’état du monde. Et la mise en scène n’aide pas tellement. Adoptant une énergie quasi-léthargique, gardant un ton sobre et constant, prenant très souvent des temps interminables, manquant même un peu d’articulation par endroits, le comédien plonge l’audience dans une ambiance grave et solennelle. Le système de conférence mis en place l’entraîne même dans une attitude qui peut parfois s’apparenter à une certaine condescendance, ce qui ne permet pas vraiment à l’humour du texte, pourtant assez fin, d’atteindre réellement le public.

Au final, on a l’impression de suivre un cours magistral d’un professeur brillant, mais complètement dépité et désespéré. Autant dire que même si c’est intéressant, c’est pas toujours l’éclate…

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